On imagine souvent la discrimination liée à l’âge sous la forme de remarques ou de plaisanteries. Elle prend pourtant, très concrètement, la forme de portes qui se ferment : un crédit refusé, un formulaire impossible à remplir seul, un interlocuteur qui n’existe plus. C’est ce que documente le Défenseur des droits, l’autorité administrative indépendante chargée en France de lutter contre les discriminations, dans ses travaux consacrés aux personnes âgées.
Des chiffres qui donnent la mesure du problème
Selon les données publiées par le Défenseur des droits, 19 % des personnes de 65 ans et plus déclarent avoir été victimes d’une discrimination liée à leur âge, et 30 % en ont été témoins au cours de leur vie. Un quart des personnes de cette tranche d’âge (25 %) rencontrent des difficultés dans leurs démarches administratives, et 15 % finissent par abandonner une démarche faute d’avoir pu la mener à son terme. Autre donnée frappante : moins de 12 % des victimes engagent une procédure pour faire valoir leurs droits, ce qui laisse penser que ces chiffres ne représentent qu’une partie de la réalité.
Le secteur bancaire et l’assurance en première ligne
Le Défenseur des droits pointe en particulier le secteur financier : refus de crédit à la consommation motivés par un âge jugé « avancé », conditions spécifiques imposées par certains établissements bancaires ou d’assurance selon l’âge du demandeur. Ces pratiques, qui semblent parfois relever d’une prudence de gestion, peuvent en réalité constituer une discrimination directe lorsqu’elles reposent uniquement sur un critère d’âge, indépendamment de la situation réelle de la personne.
La double peine du numérique
Autre obstacle documenté : la dématérialisation croissante des services publics. Le Défenseur des droits relève que 26,7 % des 60-74 ans et 67,2 % des personnes de 75 ans et plus se trouvent en situation d’illectronisme — c’est-à-dire en difficulté, voire dans l’incapacité, d’utiliser les outils numériques. Or de plus en plus de démarches (impôts, retraite, santé, aides sociales) ne sont accessibles qu’en ligne. Résultat : des personnes parfaitement autonomes par ailleurs se retrouvent en difficulté simplement parce que l’administration a changé de canal.
Ce que cela signifie concrètement
Un accompagnant de personne âgée, cité dans les travaux du Défenseur des droits, résume ainsi ce vécu : « Je pense qu’ils souffrent de ne pas avoir d’interlocuteur en face d’eux qui les aide. » Cette phrase simple dit l’essentiel : ce n’est pas seulement une question de procédure, c’est une question de lien humain qui se distend, au moment même où les personnes concernées en ont le plus besoin.
Pourquoi cela concerne aussi les professionnels du prendre soin
Ces obstacles administratifs ne sont pas un sujet à part : ils s’ajoutent à la charge de celles et ceux qui accompagnent déjà les personnes âgées au quotidien — familles, aidants, professionnels des métiers du soin — et qui se retrouvent aussi à jouer un rôle de médiateur face à des institutions de moins en moins accessibles. Documenter ces situations, comme le fait le Défenseur des droits, est une première étape indispensable pour les faire reconnaître comme ce qu’elles sont : une forme concrète, quotidienne, d’âgisme institutionnel.
Source : Défenseur des droits — « Personnes âgées : des droits fragilisés par la dépendance et les discriminations » et « Études et résultats — Difficultés d’accès aux droits et discriminations liées à l’âge avancé ».